Les 20 meilleurs albums de rap US sortis depuis le début de l’année 2018

  7 septembre 2018 à 4:02

  Pluggé par Osain Vichi

En attendant que les têtes d’affiche du rap français se réveillent, retour sur les meilleures sorties de la scène nord-américaine depuis le début de l’année. Au programme : Travis Scott, A$AP Rocky, J Cole, Pusha T, Rae Sremmurd, Trippie Redd, Nicki Minaj et bien d’autres.

20. Cardi B – Invasion Of Privacy

Début avril, Cardi B a sorti l’album qu’elle devait sortir. Une trap musclée, un format parfait, un casting XXL et un personnage toujours aussi charismatique. Sur 13 morceaux, se côtoient punchlines tranchantes et mises en gardes, débitées à un rythme effréné par la rappeuse new-yorkaise, featurings massifs, Migos, Chance The Rapper, Kehlani, 21 Savage, SZA, Bad Bunny, J Balvin et quelques prises de risque bien maitrisées, dont Be Careful, Best Life et Tru Your Phone. Grâce à ce tour de force, qui fait suite aux deux premiers volumes Gangsta Bitch Music, Cardi concrétise son impressionnante ascension en 2017, avec le raz-de-marée Bodak Yellow, et assied son statut de figure inévitable du rap américain, que cette prise de pouvoir plaise ou non.

19. Freddie Gibbs – Freddie

Sept mois après sa libération sous caution pour l’accusation du viol de deux filles à Vienne (Autriche), Freddie Gibbs réglait ses comptes avec le spirituel You only live twice, où s’enchaînait à vive allure tornades sur tornades, condensées sur un format court. Cet été, le rappeur de l’Indiana a réitéré l’expérience pour un résultat similaire et honorable lorsqu’il sort Freddie. Derrière une élégante pochette, imitation de l’album éponyme de l’icône de la soul des années 70 Teddy Pendergrass, Freddie assène un gangsta rap rugueux et tonitruant, aux accents trap. Rich Gains et Kenny Beats, les deux beatmakers majeurs de Freddie, forgent cette densité musicale et broient les divers samples à coup de rythmiques écrasantes et 808 rugissantes.

18. Juice Wrld – Goodbye and Good Riddance

En deux morceaux, Juice Wrld s’est imposé parmi les meilleurs espoirs du rap américain. Tout d’abord, le désabusé All Girls Are The Same, ensuite, l’onirique Lucid Dreams, qui cumulent plus de 100 millions de vues sur YouTube et des dizaines de millions d’écoutes sur les différentes plateformes de streaming. Après quelques essais plus ou moins concluants, Jared Higgins, à l’état civil, se lance avec son premier album Goodbye & Good Riddance et éblouit le monde de sa mélancolie sentimentale et hypnotisante. Les quelques I’m Still, Scandles, Used To, Long Gone ainsi que End of The Road alimentent une langueur à la limite de la dépression, seulement stimulée par la douceur éphémère des drogues avant que le combatif I’ll be fine ne conclut cette descente aux enfers.

17. Nicki Minaj – Queen

Malgré son pétage de plomb, une crise égocentrique exhibée sur les réseaux sociaux, Nicki Minaj a sûrement livré son meilleur album avec Queen. Global, polymorphe, souverain, ce quatrième opus est une synthèse remarquable du panel musical très large de la chanteuse originaire du Queens (New York). En quête de revanche après l’arrivée abracadabrante de Cardi B, que beaucoup ont vu à tort ou à raison comme la plus menaçante prétendante au trône de Nicki, sur lequel elle est assise depuis de nombreuses années, l’auteure du sulfureux Anaconda rappe dur sur Rich Sex, Hard White, Chun Li, LLC ou le piquant Barbie Dreams, laisse s’exprimer ses aspirations pop avec Ganja Burns, Bed, Come See About Me, et brille lors du sublime Chun Swae ou du fiévreux Coco Chanel. Entourée d’une cour royale d’exception, Eminem, Lil Wayne, Future, Swae Lee, Ariana Grande, Foxy Brown mais aussi Metro Boomin, J Reid, Mike Will ou encore Zaytoven, Nicki n’a pas encore lâché la couronne.

16. Travis Scott – Astroworld

Grâce à ses deux excellentes mixtapes, Owl Pharaoh et surtout Days Before Rodeo, Travis marche dans les pas de ses aînés Kanye West et Kid Cudi, qui ont redéfini depuis le milieu des années 2000 les normes artistiques du rap. Lorsqu’il sort son premier album titré Rodeo, l’enfant de H-Town suit son propre chemin et façonne un univers distingué, abrupt et gothique, notamment ces complaintes autotunées enveloppées par une intensité musicale sans limites. Bête de scène, nous gratifie des fulgurances Coordinate, Ends, Through The Late Night, Way Back et du fantastique Goosebumps en septembre 2016 lorsqu’il sort son deuxième effort Birds In The Trap Sing McKnight.

Parmi les artistes les plus influents de sa génération, Jacques Webster a présenté cet été son projet le plus personnel et identitaire, Astroworld, hommage à l’ancien parc d’attraction de Houston. Suivant cette dynamique, le disque est spectaculaire, grandiose mais inégal et le fabuleux enchaînement STARGAZING, CAROUSEL, SICKO MODE , R.I.P. SCREW, STOP TRYING TO BE GOD, NO BYSTANDERS laisse place à une suite bien moins captivante. Malgré un casting pléthorique, Frank Ocean, Drake, Sheck Wes, Swae Lee, James Blake, Kid Cudi, Stevie Wonder, Pharell Williams, The Weeknd, Tame Impala, 21 Savage, et bien d’autres, Travis n’a pas encore son classique qui a la lourde tâche de remplacer le révolutionnaire Days Before Rodeo.

15. Buddy – Harlan & Alondra

Buddy a pris son temps avant de sortir son premier effort, Harlan & Alondra. Le rappeur made in Los Angeles lâche en 2014 la mixtape Idle Time pour introniser sa coopération avec Pharell Williams, se fait discret pendant presque trois ans et revient en 2017 avec deux excellents EPs, le saisissant Magnolia et l’harmonieux Ocean & Montana. Harlan & Alondra, qui évolue entre introspection, souhaits personnels et revendications communes, s’inscrit musicalement dans la lignée du second en perfectionnant un groove imparable et ensoleillé issu de Californie. Les sophistiqués Hey Up There, Trouble Central, The Blue et Trippin’ nous plongent en plein cœur de LA, entre Compton, Long Beach et Westwood, et cadencent un album estival à la durée de vie qui dépasse aisément ces trois mois de fortes chaleurs.

14. Nipsey Hussle – Victory Lap

Si les mélodies et les synthés funk de Buddy symbolisent l’enthousiasme estival de la côte ouest, le rap rageur de Nipsey Hussle transpire lui le hustle californien. Accomplissement d’un travail acharné, Victory Lap n’est pas que l’album introductif de Nipsey. Calibré et colossal, l’opus raconte l’ascension, entre trahisons et prouesses, et célèbre la réussite, entre motivation et vanité, de son auteur. Soutenu par ses homologues YG, Kendrick Lamar, YG, Buddy, Dom Kenny ou encore Puff Daddy, l’artiste aux multiples casquettes, notamment à la tête du label “All Money In No Money Out” et de la marque de textile “The Marathon Clothing”, exulte grâce aux harmonieux et saillants Rap N****s, Last Time That I Checc’d, Dedication, Status Symbol 3, Succa Proof et autres Keyz 2 the City 2 ou Double Up. Un nouveau statut qu’il sanctifie avec ce victorieux manifeste.

13. Saba – Care for me

Après le prometteur Bucket List Project, voyage psychédélique où Saba errait entre réalité et onirisme, le rappeur de Chicago est de retour avec un deuxième album bel et bien inscrit dans le réel. À travers 10 morceaux intenses et bouleversants, Tahj Malik Chandler revient sur ses traumatismes de jeunesse, ses diverses relations humaines ou ses déceptions sentimentales. Le chicagoan rappe à cœur ouvert et devient aussi bien le narrateur que le protagoniste d’une intrigue haletante. Une inspiration poétique et autobiographique.

12. A$AP Rocky – Testing

Submergé par le clash hypermédiatique entre Drake et Pusha T et la perte tragique du talentueux XXXTentacion, Testing, troisième album solo de A$AP Rocky, n’a pas eu l’attention qu’il méritait à sa sortie. Perçu à tort comme le moins bon projet de Rocky, le disque se révèle en profondeur être l’une des meilleures sorties américaines de l’année et ne cesse de se bonifier jour après jour, comme un grand cru. Lancée par l’électrique Distorded Records puis l’hypnotique A$AP Forever, qui sample superbement Porcelaine de Moby et invite Kid Cudi à la fête, l’expérience Testing s’enrichit des diverses interventions extérieures (FKA Twigs, Skepta, Kodak Black, Juicy J, French Montana, Frank Ocean, Playboi Carti, Smooky Margiela, Devonté Hynes) et étire encore un peu plus le spectre musical de Rakim Mayers en multipliant les samples de tout horizon grâce à une expérimentation sonore imprévisible.

La démonstration présente ensuite le sublime Fukk Sleep et l’imparable Praise The Lord, qui entérine la connexion New York-Londres, et continue, alterne entre temps forts, Buck Shots, Gunz N Butter, OG Beeper, et temps faibles, Kids Turned Out Fine, Brotha Man, Changes. Le Lord Pretty Flacko JODYE conclut son ambitieuse aventure en chantant l’inarrêtable fuite du temps sur l’émotif Purity, accompagné de Frank Ocean. Si Testing ne changera pas la vie de millions de personnes, nul doute qu’il a été injustement sous-estimé et que le temps jouera en sa faveur. 

11. Jay Rock – Redemption

Première signature de Top Dawg Entertainment, meilleur label du hip hop outre-Atlantique actuel, Jay Rock se devait de livrer une suite à la hauteur de l’intense 90059, sorti en 2015 et porté à l’époque par les puissants Easy Bake, 90059 et Money Trees Deuce. Le rappeur a fait mieux avec Redemption. Les syncopés The Bloodiest, Es Tales, Rotation 112h mais également King’s Dead maintiennent une tension musicale implacable alors que les plus personnels OSOM, avec J Cole, Troopers, Broke +- ou Redemption, avec SZA, autre pépite affiliée à TDE, laissent le temps à Jay de se dévoiler et raconter son histoire. En pleine ascension juste après la sortie de 90059, le rappeur californien est victime d’un violent accident de voiture, qui a failli lui coûter la vie. Miraculeusement remis sur pied, malgré quelques séquelles, Jay Rock sait plus que jamais ce qu’il veut : “Win, win, win, win”.

10. Rae Sremmurd – SR3MM

Les frères de Tupelo reviennent début mai avec un triptyque impressionnant et protéiforme, qui synthétise les possibilités presque infinies de Swae Lee et Slim Jxmmi. Inspirés de l’hors-norme Speakerboxxx/The Love Below, signé Outkast, les Rae Sremmurd offrent trois albums en un : un effort commun (SR3MM) et deux autres parties individuelles (Swaecation et Jxmtro). Tandis que SR3MM convie The Weeknd, Future et Travis Scott et déroule un rap mélodique versatile, signature du duo fraternel, Swaecation s’écarte des chemins tracés pour se diriger vers le r’n’b, la funk ou la soul avec un Swae Lee plus perçant que jamais, et Jxmtro surprend par la justesse et la diversité de Jxmmi, qui étoffe soudainement son registre. Mentions spéciales pour le nocturne CLOSE, le scintillant Buckets, le trépidant Powerglide, le majestueux Offshore, featuring Young Thug et le menaçant Cap, avec Trouble.

9. YG – Stay Dangerous

“Fuck the DA, fuck the P.O / Fuck the president, fuck the Po-po” lâche YG dès le premier couplet du morceau introductif 10 TIMES et announce la suite pour Stay Dangerous, son quatrième opus. Percutant, acerbe, corrosif, ce nouvel album laisse place à toute la rage de Keenon Motherfuckin’ Jackson, qui diversifie les flows pour mieux se mettre en scène ou pour mieux délivrer ses férocités au rythme d’instrumentales trap ou bounce music. Suite des deux identitaires et acclamés My Krazy Life et Still Brazy, brûlot politique arrivé en plein été 2016, Stay Dangerous dilue cette énergie californienne au cœur d’une pléiade de morceaux incisifs et provocateurs, sublimés par un beau casting : A$AP Rocky, 2 Chainz, Big Sean Nicki Minaj, Ty Dolla $ign, YoungBoy Never Broke Again ainsi que Quavo ou Mozzy. YG profite de sa réconciliation avec DJ Mustard pour pondre et s’appuyer sur des bangers à la formule inépuisable, ou presque.

8. XXXTentacion – ?

 

Dramatiquement assassiné par balle dans son véhicule le 18 juin dernier en Floride alors qu’il était sur le point d’acheter une nouvelle motocross, Jahseh Onfroy, alias XXXTentacion, avait toute la vie devant lui. Le chanteur issu de la fournaise Pompano Beach a livré en janvier dernier la suite du poignant 17, simplement intitulée ?, et poursuit ses expérimentations musicale, émotionnelle et sentimentale. Déroutant et brillant à la fois, ce long-format est hors du commun et se démarque naturellement du reste de la nouvelle vague. “Je vais offrir cet avertissement et cet ensemble d’instructions : si vous n’êtes pas ouvert d’esprit avant d’écouter cet album, ouvrez votre esprit. Si vous n’écoutez pas de musique alternative, que vous ne vous êtes jamais intéressé au son alternatif et que vous ne vous êtes jamais ouvert à d’autres choses; ouvrez votre esprit avant d’écouter cet album” prévient X avant que Moonlight, SAD!, Floor 555, NUMB, infinity (888), $$$, SMASH!, ou encore I don’t even speak spanish lol désoriente nos sens et bouleverse nos perspectives pré-établies.

Abattu en pleine rédemption – ce que laissait croire ses interventions sur ses réseaux sociaux et le clip symbolique de SAD! – le hip hop perd encore un de ses prodiges et XXXTentacion ne pourra malheureusement jamais finaliser son œuvre. Le refrain de l’intime before i close my eyes “Before I lay me down to sleep/ I pray the Lord my soul to keep / I hope it’s not too late for me, whoa” résonne froidement aujourd’hui. Rest In Peace X.

7. Playboi Carti – Die Lit

Affilié au collectif Awful Records (installé à Atlanta et mené par le fantasque Father) à ses débuts, Playboi Carti n’est qu’un énième rappeur qui émerge du vivier d’Atlanta lorsqu’il publie en septembre 2016 la compilation In Abundance. Le potentiel est bien là, mais occulté par une trap trop générique et dissonante. Seuls le nihiliste Broke Boi et le sombre Fetti se démarquent du reste. Jordan Terrell Carter quitte alors les extravagances de Awful pour rejoindre les rangs d’AWGE, le label d’A$AP Rocky. Effacé depuis ce changement d’écurie, l’artiste de 21 ans lâche son véritable premier projet en mars 2017 : la mixtape éponyme Playboi Carti, qui marque sa rencontre avec le producteur Pi’erre Bourne et pose les bases d’une trap atmosphérique envoûtante et unique.

Fidèle à lui-même, le rappeur annonce le 10 mai dernier sur Twitter que son premier album sort le lendemain. Sobrement intitulé Die Lit, le disque s’offre des collaborations de luxe : Skepta, Nicki Minaj, Young Thug, Bryson Tiller, ou encore Chief Keef et Travis Scott. Sans changer la formule et toujours épaulé par son frère d’une autre mère, Pi’erre Bourne (qui produit 14 morceaux et apparaît sur 2), Carti hausse ostensiblement le niveau et étoffe, épaissit une musique embrumée. Guidé par les productions hors-normes de l’orfèvre Pi’erre, comme les navigateurs l’étaient grâce aux étoiles, Jordan Carter intensifie son phrasé et durcit son propos. Plus direct et plus précis, il ne laisse pas le talent des invités le surpasser – ce qu’on lui a souvent reproché -, et signe les meilleurs tracks avec deux compagnons de route : Youg Nudy et Lil Uzi Vert. Alors que Shoota ne cesse de monter en puissance, R.I.P Fredo [Notice Me] est une savoureuse menace de mort. Incontestablement, Die Lit installe Playboi à l’avant-garde de la trap actuelle et dans les cieux du rap outre-Atlantique.

6. KIDS SEE GHOSTS – KIDS SEE GHOSTS

Troisième étape du marathon GOOD Music supervisé par le gourou Kanye West, KIDS SEE GHOSTS entérine la relation artistique mais aussi humaine entre deux génies du rap nord-américain, Kanye et Kid Cudi. En perdition depuis son surmenage et l’arrêt brutal du The Saint Pablo Tour en novembre 2016, Ye retrouve de sa superbe aux côtés de Cudi, qui a également connu une période de doute, entre dépressions à répétition et envies suicidaires, avant de sortir son sixième album, le torturé Passion, Pain & Demon Slayin’. Plus apaisé, le duo livre un effort commun court mais puissant et universel.

En compagnie de Pusha T, Louis Prima, Ty Dolla $ign et Yasiin Bey, et épaulé d’une kyrielle éclectique de producteurs, Mike Dean, Andre 3000, Justin Vernon, E*Vax, benny blanco, Plain Pat, et bien d’autres, Kanye West et Kid Cudi chantent, clament leur exode vers la liberté. Un exode qui enchevêtre samples, voix filtrées et mélodies mouvantes, et que tout être humain emprunte à un moment dans sa vie. 

5. Trippie Redd – Life’s a Trip

“Le teint blafard, les dread-locks rouges-sang, un « 14 » tatoué entre les deux sourcils (en hommage à sa rue de Canton), le regard vide, apathique, dents en or brunies, Trippie Redd n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il est englouti par les ténèbres. Le garçon d’à peine 18 ans, qui refuse toute comparaison avec Lil Uzi Vert, s’en disant diamétralement opposé et bien meilleur, épris de cette ambition arrogante propre à ses pairs, noyé dans une noirceur nécessaire à sa créativité, n’est jamais aussi talentueux que lorsqu’il est plongé dans le malheur.” concluions-nous notre portrait de Michael White, autrement dit Trippie Redd. Avec Life’s a Trip, le rappeur-chanteur de l’Ohio éclaircit son avancée dans les ténèbres qu’il avait entrepris lors des torturés A Love Letter to You et A Love Letter To You 2.

Malgré un combat de tout instant contre les forces du mal, et ses vieux démons, Trippie s’éprend de mélodies plus enjouées et énergiques. Taking a Walk, Wish, produit par Diplo, Bird Sh**t, UKA UKA ou encore Shake It Up tendent vers la lumière tandis que Together, How You Feel ainsi que Gore déversent cette mélancolie aux relents morbides qui rongent l’interprète de Love Scars. L’alangui Forever Ever, le saisissant BANG! et l’abrasif Dark Knight Dummo, avec Travis Scott, affirment un imaginaire chimérique et kaléidoscopique.

4. Various Artists – Black Panther : The Album

Pour mener à bien un album inspiré du blackbuster “Black Panther”, Marvel a fait appel à Kendrick Lamar. En février dernier, le projet qui réunit la crème du hip hop us est de toute une évidence une réussite totale : irréprochable, spectaculaire, intemporel. Secondé par le producteur Sounwave et le leader de TDE, Anthony Tiffith, Kendrick parvient à sonoriser l’énergie débordante du film et réalise un superbe panorama du rap américain mais aussi de la musique mondiale qui tire sa force du continent africain. Des flows rugueux de Jay Rock, 2 Chainz et Schoolboy Q aux mélopées voluptueuses de Jorja Smith, SZA, Khalid et Swae Lee en passant par l’intensité vocale de Travis Scott et The Weeknd ou les créations plus expérimentales, voire électroniques, signées Vince Staples ou le binôme SOB X RBE.

“King of my city, king of my country, king of my homeland / King of the filthy, king of the fallen, we livin’ again / King of the shooters, looters, boosters, and ghettos poppin’ / King of the past, present, future, my ancestors watchin…’” en introduction du morceau éponyme, Kung Fu Kenny lance le projet avec cette longue anaphore royale et prévient de la suite. Comme au cinéma, asseyez-vous et contemplez le spectacle.

3. Denzel Curry – Ta13oo

“Moins activiste dans le discours que Kendrick Lamar, J Cole ou Joey Bada$$, Denzel Curry défend la liberté physique et spirituelle de l’individu par sa puissante introspection. Une exploration solitaire mais nécessaire pour mieux s’accepter et avancer qu’il relate à la vitesse du Raggamuffin.” Dans la lignée de l’excellent Imperial et du foudroyant EP 13, le pyromane de Carol City a livré un puissant et protéiforme triptyque comme troisième album.

Au fil des morceaux, la tension monte et les flammes s’élèvent peu à peu pour finir par nous encercler. Alors que la première partie s’imprègne de la funk east coast puis de la G-Funk Californienne, la deuxième réveille les spectres ténébreux de Memphis et Houston avant que la troisième marque l’avènement de l’Aquarius Killer, qui se confie et délivre son message à un rythme toujours aussi tonitruant. En trois actes exceptionnels, Denzel rappelle qu’il est l’un des meilleurs cracheurs de feu de l’Amérique et lâche l’un des meilleurs projets de l’année.

2. J Cole – K.O.D

Aux premières écoutes très proche de l’impressionnant 2014 Forest Hills Drive et du narratif 4 Your Eyez Only, K.O.D se révèle être bien plus complexe, incisif et engagé que ses prédécesseurs. Si les deux premiers pointaient déjà du doigt les dérives et les névroses qui aliènent autant la société américaine que le monde du hip hop, ce cinquième long-format s’avère plus frontal dans la manière de dénoncer tous ces différents maux. Le communautarisme, le patriarcat, le racisme, les armes, la dépression, les drogues, l’enfermement mental, la cupidité… J Cole nous jette au visage ces perversions à combattre sur des instrumentales brutes, imparables pour mieux nous réveiller. Un dessein universel et intergénérationnel, comme le prouve, s’il le fallait, sa rencontre avec l’intenable Lil Pump. Encore un tour de force pour Jermaine Cole, et toujours sans featuring (“Kill Edward” étant un alter ego du rappeur).

1. Pusha T – Daytona

Envoyé en éclaireur pour montrer le chemin aux quatre autres projets estampillés GOOD Music et menés par Kanye West, Daytona est de loin le meilleur de la série. Survolant les productions extraordinaires toutes signées Ye, d’une simplicité virtuose autant que d’une simple virtuosité, Pusha T retrouve son meilleur niveau à un moment opportun. Au milieu de cette frénésie faite de samples entrecoupés et de rythmiques transcendantes, King Push prend de la hauteur, assis sur son trône, et continue de s’élever grâce à son flow musclé et souverain, un sceptre scintillant fermement tenu dans la main droite. Porté par les magnifiques Santeria, Infrared, What Would Meek Do et Come Back Baby, Daytona a plus que justifié le format de 7 titres imposé par Kanye. Sûrement ce qui s’est fait de mieux jusqu’ici cette année.

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