Obia Le Chef, OG du rap québécois

  23 octobre 2018 à 11:19

  Pluggé par Osain Vichi

Avant le phénomène Loud et les prometteurs Lary Kidd, Fouki, Alaclair Ensemble, Nate Husser ou Mike Shabb, il y avait Obia Le Chef. Après deux opus épaulé du beatmaker El Cotola, Le Procédé & Le Théorème, et l’épreuve des Rap Contenders, où le rappeur a démontré des aptitudes remarquables, Obia revient en 2016 avec la mixtape Paranoïa Vol.1. Deux ans plus tard, voilà venir son premier album solo : disque rythmé par les secousses de la trap et tourmenté par la vie de rue, l’appréhension du futur et un propos revendicateur. Programmé mercredi dernier pour le MaMA Festival, rencontre avec un véritable OG.

“Québec est vraiment un monde à part comparé au reste du Canada”

“Québec est vraiment un monde à part comparé au reste du Canada. Étant la seule région francophone, il est difficile pour un artiste d’émerger. Mais ça commence tranquillement avec la force du rap francophone. Le plus important est de travailler et de ne rien lâcher.” énonce le chanteur d’origine haïtienne, avant de prendre la parole pour toute la scène québécoise “Il faut arrêter de catégoriser les rappeurs selon leurs origines, on doit parler de rap francophone désormais. La réussite des rappeurs belges et suisses rappellent que la francophonie est plus que jamais d’actualité. Et nous, les québécois, sommes les prochains sur la liste.” Nous retrouvons cette détermination à travers les 10 tracks acérées qui composent Soufflette, son premier album solo.

Lâchant punchlines sur punchlines, Obia est aussi tranchant en interview. “Actuellement, il y a deux mouvements : le rap gentil et le rap street. Et évidemment c’est le rap plutôt gentil qui reçoit l’attention médiatique. Les personnes qui sont à la tête de l’industrie ont du mal à sortir des stéréotypes mais le rap de rue est de plus en plus accepté, il est en train de trouver sa voie.” répond-il quand on lui demande de nous décrire la scène montréalaise actuelle. Il continue avec assurance “Montréal est l’endroit le plus multiculturel de la province. Plus tu t’en éloignes et plus le teint de peau s’éclaircit, tu vois. Autrement dit, que ce soit au Québec ou dans le reste du monde, on n’est pas encore habitué à voir des noirs médiatisés ou mis en avant. Les stéréotypes sont toujours très présents et le racisme sévit toujours, à tous les niveaux. Mais heureusement, il y a également qui sont tolérants et qui n’hésitent pas à prendre des risques dans un but purement artistique, comme 7ième Ciel Records.”

“Dans 50-60 ans, je pense qu’une minorité aura l’argent et le pouvoir tandis que le reste sera dans la merde”

“Après les RC, j’ai fait une petite pause. J’ai pris du recul pour savoir où j’allais aller. Après Le Procédé et Le Théorème, j’ai donc fait de la recherche musicale et artistique. J’avais des choses à régler personnellement et je suis revenu en 2016 avec la mixtape Paranoïa Vol.1.” révèle le rappeur et affirme son ubiquité en tant qu’artiste “Ma langue maternelle est le français, donc j’ai logiquement décidé de rapper dans cette langue. Ce qui me dérange, ce sont les francophones qui rappent en anglais avec un accent. De toute façon la scène anglophone est saturée, il y a déjà tellement d’artistes. Puis, le deuxième marché est le nôtre, donc je suis mon propre chemin, je me retrouve dans cette identité.” Accompagné des inséparables bruxellois Caballero & JeanJass sur CQJVD, Obia Le Chef nous gratifie d’un couplet venu d’ailleurs signé le Roi Heenok. “Le Roi Heenok est l’un des premiers québécois qui a percé avec du gangsta rap. Pour rappel, le gars sait vraiment bien rapper, même si la plupart des gens le connaissent pour son rap plus mongole.” observe-t-il avant de raconter la conception du morceau Yalla “Il est passé au studio, il a kiffé une instru, que j’avais produite il y a un moment d’ailleurs, et il a posé dans la foulée. C’est important pour moi de l’avoir sur le projet, parce qu’Heenok a longtemps été un représentant du rap québécois en France. Ce featuring est un symbole.”

Marqué par les classiques No Sleep, de Future, et Young Rich Niggas, du trident Migos, Obia illustre son rap intense avec des clips supervisés par Carlos Guerra. Que ce soit Queuleuleu, Scuse ou CQJVD, une esthétique aussi millimétrée que frontale est minutieusement développée. Encore les deux pieds dans la musique, le montréalais n’en oublie pas ses racines et ses aspirations personnelles. “J’ai encore de la famille en Haïti et j’aimerais y retourner assez rapidement. C’est un très beau mais avec une grande misère. Pour moi, il représente finalement ce qui attend la planète. Dans 50-60 ans, je pense qu’une minorité aura l’argent et le pouvoir tandis que le reste sera dans la merde, à s’entretuer pour des croûtes, tu vois ce que je veux dire. Au-delà de cette triste réalité, Haïti est une grande fierté. 4 sur 5 des beatmakers sur le projet sont d’origine haïtienne : Kaytranada, High Klassified, Dumix et Freakey. Soufflette en créole signifie “une claque”.” Attention, le Québec arrive. Vous êtes prévenus.

Photos by Osain. 

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