Niro fidèle à lui-même dans son nouvel album Les Autres

  12 décembre 2016 à 12:00

  Pluggé par Osain Vichi

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Niro est de retour en cette fin d’année avec un double album Les Autres. Le rappeur vole la vedette au Père Noël en nous offrant deux projets pour le prix d’un. Régalade ! L’auteur de Miraculé compile son nouvel opus Les Autres et sa mixtape sortie en mai dernier Or Game. N-i-r-o nous lègue ainsi un cadeau de 31 tracks. Nous suivons la démarche de Niro avec un descriptif à deux faces.

Attaquons-nous au plus gros morceau, Les Autres. L’artiste, signé chez Capitol et Universal notamment, comme à son habitude ne rechigne pas à nous donner de la matière.

Sombre et terre à terre

Similaire à ces précédents projets l’album dégage une atmosphère générale mélancolique et sombre. Niro n’est pas ce genre de rappeur à vous faire rêver avec un discours imaginaire et fantasque. Niro est réaliste et lucide, et c’est de cette clairvoyance, parfois oui pessimiste, que le rappeur tire sa force. Le fondateur du label Street Lourd n’est pas seulement là pour s’enjailler mais bien pour faire un passer message. Amer et acerbe, certes, mais qui ne le serait, au moins un minimum, en voyant la condition des quartiers et des banlieues en France ( si seulement ce n’était qu’en France ) ? Attention, l’artiste originaire de Blois ne se considère pas comme un rappeur conscient, car ne voulant pas s’enfermer dans une case, néanmoins ses propos sont loin d’être dénués de sens, bien au contraire. Le rappeur relève de nombreuses problématiques socio-économiques et pointent divers défauts de la société dans laquelle il vit. Niro rappelle qu’il n’est pas un rappeur sans conviction ou un guignol, et possède un vécu. Un vécu, dont il ne se vante pas mais qui lui permet d’avoir cette vision précise et singulière. Il aborde ces thématiques dans plusieurs morceaux, pour ne pas dire tous. D’une société malade au quotidien difficile des quartiers, Niro n’omet rien, il n’est pas du genre.

Dès le morceau introducteur Ara, logique, l’artiste annonce la couleur de Les Autres « Hé, paix à tous les incarcérés, à tous les disparus, paix à tous les quartiers de France », « Si mes ghetto youth dorment en cellule à l’heure où j’te parle c’est par nécessité ». Les morceaux On Changera Jamais, Maman t’avais raison et Papillon de nuit reflète bien cette dynamique. Fidèle à lui-même N-i-r-o n’a pas charbonné pour faire de la musique sans contenu. Punchlines crues et efficaces, constats sévères et cuisants. Niro ne se trahit pas et veut marquer, à tout jamais, de son empreinte le rap jeu. Pour cela, Noureddine, de son véritable prénom, n’hésite pas à se renouveler sur certains titres.

Innovations et prises de risque

La vitesse et l’ouverture express qu’a entrepris le rap FR ces derniers temps avec les phénomènes tels que Jul, SCH et autres PNL oblige les rappeurs un peu plus anciens à innover à leur tour. Là est le couac, comment évoluer et « suivre » la tendance tout en gardant son identité ? L’exemple parfait est sans aucun doute Booba, et qui de mieux que Niro, qui avait eu droit à un morceau sur Autopsie vol.4, le percutant et classique Fenwick, d’emprunter une voie similaire. Le charbonneur s’inspire des genres en pleine bourre et les tourne à sa sauce.

Bien que la forme est différente le contenu reste agressif, puissant et aiguisé, Niroesque, pourrait-on être tenté de dire. C’est le cas de plusieurs sons, dont Vamos et Printemps Blanc mêlant rythmes latinos et orientaux. De même pour Bad Wo et Reglo, utilisant pour le premier des rythmiques proches de l’afrotrap ou l’afrohouse, et le second très proche du dancehall, le mouvement musical carribéen. Niro n’hésite pas une seconde à prouver que la polyvalence fait également partie de son bagage. Une nouvelle flèche qui s’ajoute à son arc déjà bien garni. Le morceau bonus Finir Mal suit la même optique innovatrice, et propose une nouvelle facette du rappeur. Le ton est plus romantique et l’artiste chantonne pour sa bien aimée.

Les Autres est selon l’artiste son album « le plus abouti », en tout cas, pour nous, c’est vraisemblablement son opus le plus éclectique. Niro pioche dans la nouveauté sans se trahir, les thématiques sérieuses et l’identité profonde, obscure, auxquelles nous a habitué l’artiste sont bien là. Niro est « Miraculé ! ».

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